Témoignage d'un membre d'AYLLU St Etienne,
parti au Pérou avec " PATCHAMAMA ", dans une communauté andine

 

 

 

LA COMMUNAUTE DE PATACANCHA

 

 

La communauté de PATACANCHA est située dans un paysage sauvage où coule une rivière du même nom, à environ 50mn en voiture d'OLLANTAYTAMBO. Elle existe depuis 17ans. Notre première vision du village est un groupe de femmes accompagnées de leurs jeunes enfants, assises à même le sol et abritées par des toits de chaume. Elles sont habillées de couleurs vives et portent un chapeau en forme de vasque, posé de biais sur la tête et maintenu à l'aide de rubans de perles. Elles sont en train de tisser. Cette activité est réservée aux femmes; les hommes, eux, filent la laine tout en marchant ou parlant. Tous les vêtements des habitants sont très colorés, le rouge et l'orangé dominent; les femmes portent des corsages dont les manches sont ornées de boutons de nacre et des jupes magnifiquement brodés. Les hommes ont un chapeau, lui aussi de forme très originale, à pompon ou ruban, et un pancho rouge-orangé qui s'arrête à la ceinture, ce qui n'est d'ordinaire pas la coutume. Avant de se marier, les femmes tissent le pancho qu'elles offriront à leur mari.

 

Rappel historique


Les habitants de PATACANCHA travaillaient autrefois dans des haciendas comme simples paysans. Ne possédant pas de terre, ils devaient payer un impôt aux riches propriétaires pour avoir le droit d'exploiter un lopin et de disposer de pâturages pour leur bétail. Il leur était défendu d'aller à l'école. Ce système féodal, hérité de la conquête et qui entretenait l'analphabétisme, perdura la première moitié du XX° siècle. En 1950, avec la Réforme agraire du Général Alvarado, les grands fermiers furent expropriés et les terres redistribuées. C'est la fin du système des haciendas. Les paysans devinrent donc propriétaires et obtinrent le droit de vote et d'être élus.

 

Evolution de ces dernières années :


Les habitants de PATACANCHA ont longtemps gagné leur vie en accompagnant les touristes sur le Chemin de l'Inca et en portant leurs bagages. Mais las de ce travail pénible et mal rétribué, ils décidèrent de s'organiser pour changer leurs conditions de vie. En 2000, ils obtinrent du Ministère de l'Agriculture le droit de propriété définitif comme 5 autres communes voisines avec lesquelles ils s'associèrent.

Lors de notre visite, c'est JUAN, le représentant élu des 6 communautés qui nous a chaleureusement accueillis dans sa maison. Il nous a expliqué l'organisation de son village qui compte 300 habitants et l'esprit dans lequel vivent ces communautés. Celles-ci regroupent 3000 personnes, avec chacune à sa tête, un chef de village, élu en janvier et une seule fois pour éviter toute forme de corruption. Cette charge est exercée par un bénévole dont la première tâche est de rechercher et de gérer des financements pour assurer le développement de sa commune.

Au début, tout n'a pas été simple en raison de rivalités entre les différents villages. Le lieu de l'implantation de l'école a par exemple posé problème, les communes étant parfois éloignées de plusieurs heures de marche les unes des autres. Mais aujourd'hui, les tensions seraient apaisées.

 

Différentes mesures ont été prises collectivement :

  1. Il a été décidé d'élire un administrateur de justice chargé de veiller au respect des lois et d'aider à régler d'éventuels différents entre les personnes, ceci pour éviter d'être obligé d'aller au Tribunal à OLLANTAYTAMBO. Cela revient moins cher, est plus pratique et surtout plus efficace et contribue à la cohésion du groupe social. Avant, quand un animal disparaissait et que le voleur était arrêté, il n'était pas rare qu'il fût relâché trois mois plus tard. Pour être élu à ce poste, il faut être marié, avoir des enfants et déjà occuper une responsabilité au sein de sa commune.
  2. Il est mené une lutte sévère contre la polygamie; le divorce est interdit et toute personne ne respectant pas son conjoint est punie publiquement. Cette mesure extrême apparaît comme nécessaire aux communautés pour éviter que des femmes deviennent mères célibataires et aient des difficultés pour élever leur enfant. Un contrôle s'exerce aussi sur les habitants pour lutter contre l'alcoolisme.
  3. La décision la plus importante a certainement été celle en faveur de l'éducation des enfants. Avant, il n'existait qu'une seule école primaire, classe unique avec un seul instituteur. Beaucoup d'enfants étaient donc obligés d'aller à OLLANTAYTAMBO pour avoir une meilleure formation. C'est pourquoi les habitants des différentes communautés fondèrent une école agricole: excepté les habitants de WALLOC, village voisin déçu que l'école ne soit pas construite sur son territoire, tous construisirent ensemble les bâtiments, transportant les pierres pour les soubassements et fabriquant eux-mêmes les briques d'adobe. C'est ainsi qu'ont été créés cinq salles de classe, une cantine et un internat pour éviter aux enfants les longues heures de marche. L'école a été co-financée par une association hollandaise qui en 2001 s'est investie dans ce projet. Elle a par exemple fourni une dizaine d'ordinateurs pour permettre aux élèves de se familiariser avec l'Internet. Aujourd'hui, l'école compte 9 instituteurs et un technicien agronome. Pour les initiateurs du projet, il est d'emblée apparu comme important de ne pas se contenter de dispenser un enseignement théorique. Dans cet esprit, des serres ont été construites où les élèves apprennent à cultiver eux-mêmes des fruits et légumes qu'ils consomment dans les repas pris à la cantine. Ceci permet d'améliorer et de diversifier l'alimentation des enfants. Un élevage de porcs et de cochons d'Inde où mâles et femelles sont séparés pour sauvegarder le patrimoine génétique a aussi été créé. Dans cette école, l'activité du tissage est aussi encouragée. Pour diversifier la production, les élèves y apprennent à transformer les pièces tissées en panchos, sacs, porte-monnaie, trousses et autres objets pouvant être facilement vendus aux touristes. Le plus grand soin est apporté à la coupe des tissus qui doit obéir à des lois esthétiques et aux motifs choisis. A travers la symbolique d'animaux comme le condor, l'araignée, le lama, le cochon, le chien ou le poisson, les instituteurs veillent à transmettre aux enfants un héritage culturel fondateur de leur identité.
  4. Aujourd'hui, PATACANCHA se tourne vers l'avenir et s'organise pour accueillir les touristes. Des chambres sont préparées à cet effet, des efforts sont fournis pour améliorer les sanitaires. Le village propose à des agences de voyage dont Pachamama avec qui il travaille depuis 2 ans d'héberger les randonneurs. Actuellement, 40 familles sont d'accord pour recevoir des touristes, 5 sont déjà prêtes pour les accueillir. En août 2009, 80 personnes ont passé une nuit dans une famille de PATACANCHA.

 

Autres aspects de la vie sociale de PATACANCHA


Aujourd'hui, les mariages ne sont pas obligatoirement arrangés par les parents comme c'était le cas auparavant. L'homme peut choisir celle qui deviendra sa femme dans une des communautés. C'est à l'occasion du Carnaval au cours duquel est organisé un bal que les jeunes des différents villages se rencontrent. Quand un homme veut demander une jeune fille en mariage, ce sont les parents qui, de nuit, se rendent dans la famille de la future épouse, car personne ne doit savoir qu'il cherche femme. La mère du garçon apporte un panier rempli de nourriture à partager avec la future belle-famille.

Lorsqu' une femme est enceinte, elle est entourée de soins particuliers. Une crème à base d'herbes est confectionnée pour donner de l'énergie à la femme ; le port d'une ceinture est recommandé pour éviter les douleurs lors des durs travaux des champs. Après l'accouchement qui se déroule à la maison, la femme reste un mois chez elle pour récupérer.

Les habitants connaissent très bien les plantes médicinales de leur région En cas de maladie, ils les utilisent en priorité et veillent à ce que ce savoir ne se perde pas. Ils peuvent par exemple soigner les gastrites et préparer des onguents pour cicatriser les plaies.

En agriculture, ils utilisent la traditionnelle bêche constituée d'un simple manche de bois avec un support pour la main et un autre pour le pied et terminée par une partie métallique. Les différents éléments sont attachés avec de la peau de lama qui, en séchant, se durcit. Tout le travail se fait à la main : en octobre, on sème la pomme de terre ; en novembre, on la pioche et on la sarcle et en décembre, on récolte. La terre est exploitée de façon rotative : tous les 5 ans, on cultive en alternance la papa (pomme de terre), l'oca qui peut la remplacer, la camote (patate douce) ou des légumineuses comme les fèves. Tout se vit en accord avec la nature : on plante selon le calendrier lunaire et on tient compte du cri du renard pour savoir si la récolte sera bonne ou mauvaise. Tout le monde participe aux travaux des champs, on se prête les ânes et on s'entraide. C'est absolument indispensable dans une nature aussi sauvage.

 

Conclusion


Notre visite à PATACANCHA fait partie des moments forts de notre voyage au Pérou. En dépit du froid qui sévissait dans cette région (nous avons eu un orage de grêle en pleine saison sèche en raison du changement climatique et avons dû déblayer des roches qui s'étaient éboulées sur le chemin du retour), nous avons été séduits par cette communauté. L'hospitalité de JUAN et de sa femme, l'excellent repas qui nous fut servi (JUAN est aussi cuisinier), l'échange de qualité que nous avons eu avec lui nous ont ravis. Personnellement, la pauvreté digne de ce village dont les pentes ravinées par la pluie ont failli nous valoir quelques bonnes chutes, m'a frappée. PATACANCHA lutte pour préserver son identité et pratique un système auto-gestionnaire. Certes, le modèle social auquel il se réfère peut paraître contraignant pour l'individu, mais il garantit la cohésion du groupe.